Mecatronique : les rencontres

La mécatronique séduit... mais les contraintes demeurent

Annecy, 20-21 mars. Les enjeux et perspectives de la mécatronique constituaient le
très riche thème des 'premières rencontres européennes industrie-recherche-
formations en mécatronique' qui se sont tenues à l'Esia à l'initiative de Thésame

Question : Pourquoi la mécatronique attire-t-elle aujourd'hui autant les gens, alors que
le concept existe depuis plus de 20 ans et qu'il est largement abordé dans les textes,
les documentations commerciales et l'intitulé de journées d'études et de salons ?

Environ 160 personnes de l'université et de l'industrie étaient présentes à l'école
supérieure d'ingénieurs d'Annecy pour trouver des réponses à la question : 'Comment
penser mécatronique ?' De façon paradoxale, c'est peut-être l'abus de l'utilisation du mot
qui poussait les gens à venir se clarifier les idées et à retrouver des bases stables pour
mieux rebondir.

Deux réflexions différentes se font jour, même si elles se rejoignent parfois. 'Et si le
métier de la mécatronique était tout simplement la base du métier d'ingénieur ?',
s'interroge, d'un côté, Vankhai Nguyen, directeur adjoint de l'Ecole d'ingénieurs de
Genève. Cette approche traditionnelle, qui part de la stratégie de l'entreprise, des
études marketing et de la rédaction du cahier des charges fonctionnel, demande une
large ouverture d'esprit, l'absence de préjugé et une approche globale.

De l'autre côté, la mécatronique est le résultat d'un constat : les temps de
développement deviennent prédominants devant les temps de réalisation, ce qui
pousse à pratiquer l'ingénierie simultanée et à avoir un point de vue système. La
mécatronique est alors vue comme la meilleure utilisation possible de la mécanique sous
forme d'une solution système en l'intégrant à l'électronique mais aussi aux techniques
fluides, à l'électricité, à l'énergie ou encore à la physique. Dans cette approche, la
recherche de fonctions nouvelles, d'une diminution des coûts et donc d'une grande
intégration conduit inévitablement aux microsystèmes, aux MEMS, voire aux
nanotechnologies.

Une crainte naît parmi les universitaires et les industriels : peut-on former à la
mécatronique ? Avant d'envisager les réponses, il faut constater que le sujet séduit. A
l'EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne), le nombre d'étudiants en mécanique
qui allait en chutant a été largement compensé par celui des étudiants en mécatronique
qui va grandissant. Certains participants des rencontres sont cependant sceptiques sur
l'utilité réelle de la filière. Dans la pratique, les formations sont de plus en plus
spécialisées, alors que l'on a besoin de bons généralistes. Aux dires de tous,
l'expérience est essentielle, ce qui va à l'encontre des formations poussées.

Sur ce plan, les industriels ont des positions intéressantes. 'Chez Somfy, nous
pratiquons l'identification des personnes à 'potentiel mécatronique' : des gens ouverts,
curieux, ayant une capacité à communiquer et à travailler en équipe', note Pierre Gérinière.
Valéo fait appel au bouillon des cultures, tandis que la méthodologie de développement
passe par l'examen des autres secteurs d'activités, la veille technologique et les dépôts
de brevets.

Evoqué à plusieurs reprises, le brevet est essentiel, car il permet de profiter d'un
avantage concurrentiel exceptionnel. Le fabricant de roulements SNR a eu la bonne idée
de ne pas bloquer le développement des roulements instrumentés en laissant ouvert
l'utilisation de son système ASB et en acceptant que les autres lui versent des royalties.
Les perspectives sont considérables : les capteurs qui sont une cinquantaine sur une
voiture actuelle pourraient passer à 3000 en 2010 ; pour des mesures d'évitement, par
exemple.

Sur cette lancée, SNR connaît une vraie révolution en se réorganisant autour de SNR
Mechatronics qui n'est pas une division de plus mais un centre de compétence et une
structure de conduite du changement venant piloter toutes les autres divisions. 'Pour
effectuer une 'mutation génétique' de l'entreprise', explique René Nantua, responsable
de ce Pôle. Déjà, il a fallu pour SNR s'initier au magnétisme, à l'électronique, à
l'informatique, à l'architecture. Pour une question de crédibilité, la société a été jusqu'à
faire développer au C4I un Asic associé à son système de codage.

Des exemples ont été cités dans toutes sortes de secteurs : de l'amortissement
vibratoire passif intelligent pour le ferroviaire, des engrenages pour réducteurs de vélos
électriques et des appareils pour la manipulation d'objets mous et fins, par Nodal,
représentant français du programme de transfert des technologies de l'Agence spatiale
européenne ; des terminaux virtuels de tracteurs par le Cetim (Centre technique des
industries mécaniques), des projets mécatroniques dans le décolletage avec le CTDec,
des actionneurs piézoélectriques à grande course chez Cedrat ou encore des
techniques de communication pour réduire les fils des capteurs d'airbag et des substrats
flexibles pour avoir plus de liberté, présentés par Motorola.

Le seul point commun à tous ces exemples est l'état d'esprit mécatronique. 'Ce qui se
passe dans les systèmes est de moins en moins important, mais ce qui compte c'est ce
que l'on veut en faire', résume finalement un participant.

François-Xavier Lenoir

Site de l'organisateur du colloque
- Thésame, centre de ressources en mécatronique, gestion industrielle et management
de l'innovation à www.thesame-innovation.com

Date : 23/03/2003