La « médecine de demain » est grenobloise.

C’est l’info techno qui a mobilisé la presse française pendant la première quinzaine de mai : la présentation de l’exosquelette EMY du laboratoire grenoblois Clinatec (CEA-CHU). Il s’agit du premier exosquelette au monde dédié aux quatre membres, piloté par la pensée. Un patient a été implanté en juin dernier. A terme, cinq personnes devraient l’être.

Tous les médias se sont donc penchés sur le laboratoire Clinatec qui « invente la médecine de demain », indique de nombreux journaux et radios.

Clinatec associe sur un même site une plateforme technique où naissent des dispositifs médicaux de pointe et un hôpital doté des meilleurs équipements. Cette particularité permet de réunir au chevet des malades des équipes pluridisciplinaires : physiciens, électroniciens, biologistes, informaticiens, mathématiciens, roboticiens, neurologues, chirurgiens et personnels de soins. Ces équipes sont issues du CEA, du CHU Grenoble Alpes et de partenaires académiques et privés, basées sur le centre CEA de Grenoble. L’association avec le monde industriel permet de développer plus vite des solutions thérapeutiques à grande échelle et de les rendre disponibles au plus grand nombre. La structure est financée par le CEA, le CHU de Grenoble et le Fonds de Dotation Clinatec.

Le site compte trois projets phares dont celui qui nous intéresse aujourd’hui : redonner aux personnes tétraplégiques de l’autonomie et de la mobilité (projet BCI).

Avec le projet BCI (Brain Computer Interface), les médecins et chercheurs de Clinatec développent un dispositif permettant de contrôler un exosquelette 4-membres grâce à la mesure et au décodage des signaux cérébraux afin de redonner de la mobilité aux personnes en situation de handicap moteur sévère. Si les exosquelettes existent déjà, la grande innovation est de pouvoir enregistrer et décoder l’activité électrique dans le cerveau, et transmettre ainsi en temps réel une intention de mouvement à une machine.
Clinatec a donc conçu un dispositif implantable (WIMAGINE®) qui permet de recueillir les signaux cérébraux émis lors de l’intention de mouvement d’une personne. Sans besoin de commande extérieure pour provoquer le mouvement, la personne tétraplégique retrouverait ainsi une part l’autonomie grâce au pilotage mental de l’exosquelette pour se mouvoir, se nourrir et manipuler des objets.
Capter l’activité électrique au niveau du cortex moteur a nécessité de développer un dispositif médical implantable unique au monde : WIMAGINE®. Ce dispositif a été spécifié pour être implanté de manière minimalement invasive dans la boîte crânienne, afin de mesurer les électro-cortico-grammes grâce à̀ une matrice d’électrodes. Des cartes électroniques regroupent les briques d’acquisition et de numérisation des électro-cortico-grammes conçues grâce aux experts en microélectronique du CEA Leti, ainsi que des briques de télé-alimentation et de transmission des données sans fil par liaison radio sécurisée vers un terminal externe. Le packaging de l’implant a été conçu pour garantir sa biocompatibilité et sa sécurité à long terme. Les implants ont été rigoureusement testés pour vérifier leur conformité par rapport aux normes issues des directives européennes concernant les Dispositifs médicaux implantables actifs.
Les complications de la tétraplégie sont lourdes pour le patient et son entourage, avec un très fort niveau de dépendance et une espérance de vie raccourcie de plus de 15 ans. La tétraplégie est à la fois un marqueur et un vecteur d’inégalités sociales. Elle affecte essentiellement des personnes très jeunes, et impose une lourde charge d’accompagnement. La France compte 50 000 personnes para et tétraplégiques ; 1 200 nouveaux cas accidentels par an ; 70 % ont moins de 35 ans.

Date : 21/05/2018