<B>La mécatronique à l'épreuve du marché</B>

Les journées européennes de mécatronique, initiées par THESAME, pôle mécatronique et management avaient reçu le soutien important de l'UIMM74, de l'Université de Savoie, du Centre technique de l'Industrie du décolletage ,du centre de conception en circuits intégrés et de SNR mecatronics. Elles avaient pour premier objectif de réunir en un même lieu les industriels de grands groupes et de PME, les chercheurs et les enseignants , pour échanger sur une technologie en pleine expansion : Chacun historiquement allait individuellement. Aujourd'hui quand entreprise, collectivité et université collaborent, les chances de réussite sont multipliées (Jean-Pierre Peyrot - Président de l'Université de Savoie). Le succès a d'ailleurs dépassé les pronostics les plus optimistes puisque plus de 160 personnes de l'Europe entière et même au delà, se sont retrouvées durant 2 journées en terre savoyarde. Une excellente manière de mettre en avant la filière mécatronique présentée par Jacques DUFOUR (Directeur de l'ESIA), les développements mécatroniques des entreprises ou les pôles de compétences tel le C4I ou le CTDEC engagés dans une démarche d''introduction de la mécatronique en PME.

ANTICIPER LES BESOINS

La mécatronique est le mariage de 3 techniques de base : la mécanique, l'électronique et l'informatique. Elle est restée pendant une dizaine d'années, une technologie confinée au niveau des grands programmes de l'aéronautique, du spatial et de l'armement. Elle s'est ensuite implantée de façon parallèle dans les bureaux d'études industriels et les laboratoires de recherche en restant souvent dans un noyau restreint de spécialistes. La démocratisation de la mécatronique lors des cinq dernières années entraîne une entrée remarquée dans l'industrie (produits et process). Pour Paul Rivier (Président de l'INSA), la mécatronique est une chance à saisir pour les entreprises de mécanique sous réserve d'accepter de prendre des risques : en apportant de nouvelles fonctions à un produit, la mécatronique peut contrer les délocalisations d'entreprises. Il y a deux stratégies possible : être un centre de compétence ou un centre de coût. Se focaliser sur les besoins futurs est un moyen de rester un acteur majeur du changement . Savoir anticiper était aussi le message porté par Philippe Sebillotte (Délégué général de l'UIMM) pour illustrer la création de la licence professionnelle TETRAS-IUT d'Annecy : nous avons dès 1995 fait le choix de former des techniciens supérieurs dont le lobe gauche pense mécanique et le droit électronique ! Il y a 8 ans le pari était risqué mais la demande est là aujourd'hui et devrait continuer à croître . Pour sa part, Fernand Peilloud (Conseil Général), rappelait le rôle essentiel des collectivités : le Conseil Général de Haute-Savoie , relayé depuis par la communauté d'agglomération d'Annecy, la région Rhône-Alpes et le Ministère de la recherche, a lancé au début des années 90 une démarche volontariste de développement de la mécatronique. Nul n'est ici étonné du fait que des zones industrielles soient baptisées mécatronique 1, 2 ou 3 ou qu'une licence professionnelle mécatronique existe depuis de nombreuses années, prolongée aujourd'hui par une formation d'ingénieurs. C'est un vrai choix de développement technologique de territoire, diffusant à partir de 3 pôles : Cluses, Archamps et Annecy. Le réseau Thésame, avec tous ses partenaires dont l'ESIA et l'Université de Savoie, le CTDEC et le C4I, réunit ici toutes les conditions pour qu'industrie, recherche, formation et bureaux d'études puissent échanger des compétences et développer de nouveaux produits .

LA GAGEURE DE L'ENSEIGNEMENT

Les journées étaient conçues pour un dialogue continue entre le monde de l'enseignement et celui de l'industrie. Non sans un certain paradoxe Thésame lançait le débat en posant aux écoles et IUT présents la question suivante peut-on réellement enseigner la mécatronique ? .
La richesse des réponses a montré que les approches pouvaient être très différentes avec de véritables innovations à l'image de la mécatronique !
Alain Bidaut (TETRAS -IUT d'Annecy) expliquait l'importance d'une vraie synergie entre l'entreprise et l'enseignement qui avait abouti à la création de la première licence professionnelle en mécatronique. L'expérience de l'alternance plus le niveau BAC+3 permettent d'insérer facilement les jeunes dans les PME . Pour Eric Descouvrières (INSA Stasbourg), le mécatronicien est plus un architecte d'offres, un généraliste plus qu'un spécialiste. Suivant les écoles, le poids relatif des modules gestion de projet, mécanique , automatisme et informatique est très variable et dépend souvent de la spécialité principale. Serge Samper (ESIA) positionne les discussions moins sur les technologies que sur l'approche système : ce que l'on demande à un mécatronicien c'est d'être capable de faire la synthèse entre différents experts. Il peut être lui même spécialiste d'une technique mais sa mission est d'abord de penser au système dans son ensemble .
Parmi les expériences originales, citons celle de l'ENSI Limoges (Robert Couderc) qui a privilégié la mise en commun de moyens par les lycées, l'IUT et l'école d'ingénieurs pour bâtir une plate-forme mécatronique ou celle de l'Université de Haute-Alsace qui a pris le meilleur des enseignements français, allemand et suisse dans une formation tri nationale.

LE CHOC DES CULTURES

Mais à l'épreuve du terrain, la réalité mécatronique est souvent plus complexe. C'est ce que recouvrait le thème comment penser mécatronique ? . Si la mécatronique est en plein développement, les chocs culturels entre mécaniciens et électroniciens sont réels. René Nantua a d'ailleurs parlé de la nécessaire mutation génétique d'une entreprise de mécanique. SNR met en place le projet interne Cap Mécatronique visant à donner une cohésion à l'entreprise autour de la mécatronique. SNR a gagné en crédibilité au niveau international en réussissant à imposer un standard mondial de roulement instrumenté. Demain , l'explosion du nombre de capteurs dans l'automobile permet de définir une stratégie claire basée sur l'intégration toujours plus grande de la mécatronique .

Andreas Wild ( Directeur de MOTORALA -EMEA Semiconductor) ajoute un éclairage particulier d'une grande entreprise de l'électronique : l'évolution technologique est fortement impactée par les coûts et la mécatronique ne déroge pas à cette règle. C'est un des gros challenges pour l'industrie des microprocesseurs qui doit développer avec la mécanique des accords d'alliance et de partenariat pour proposer des technologies hybrides . L'automobile est une plate-forme de communication idéale : le développement de connecteurs intelligents et les mises en réseau de capteurs doit permettre d'améliorer la fiabilité de systèmes qui deviennent de plus en plus autonomes . C'est l'enjeu de l'intelligence distribuée pour un véhicule plus sûr.

Plus en amont, Sukhan LEE (Vice Président de SAMSUNG electronic) a montré que les microsystèmes MEMS s'intégraient parfaitement dans cette révolution mécatronique les nanotechnologies permettent d'envisager dès aujourd'hui des systèmes de navigation basés sur des micro gyroscopes sur silicium . Le marché des MEM's devrait croître de 70% d'ici 2005 !

Face à cette multiplicité de technologies, l'industriel se trouve confronté à la question fondamentale du comment faire . Pour le Dr. Fridolin PIWONKA (Vice-President de Robert BOSCH GmbH), la conception mécatronique doit s'appuyer sur une démarche descendante en V qui passe de la fonction au système puis au composant . Le message est clair : il est essentiel de partir de la fonctionnalité demandée par le client, le choix de l'intégration des technologies et plus encore des capteurs ou actionneurs ne peut être que de second ordre. A l'inverse le test et la validation du produit se fera de manière ascendante.

Reste à trouver le meilleur compromis économique. C'est ce que proposent les outils de CAO mécatronique. Pour M. Lebrun (Imagine), la simulation numérique permet de passer à moindre coût du concept au produit, la mécatronique permettant pour la première fois une conception simultanée. Pourtant les difficultés à surmonter sont nombreuses comme le rappelle S. Cadeau-Beliard (Cedrat) car, comme les experts, les modèles mathématiques sont spécialisés dans des métiers précis (mécanique, hydraulique, électricité ...). Ainsi Pierre Louat (ANSYS) conclue que la simulation ne peut pas tout. Le rôle du mécatronicien est de savoir répartir les efforts entre la simulation et les essais réels.

LES ALLER-RETOURS Marché-Entreprise-Labo

Trouver des solutions mécatroniques adaptées ne s'improvise pas. Jean-Michel Pallas de Valeo switches systems fait appel au bouillon des cultures et n'hésite pas à passer au crible des secteurs d'activités très éloignés de l'automobile. C'est d'ailleurs le message général des industriels : le bon mécatronicien est un esprit curieux, ouvert et sachant travailler en équipe. Chez Somfy, Pierre Gérinière parle même d'identification des personnes à potentiel mécatronique .

Si les exemples présentés démontrent une certaine maturité d'industriels face à la mécatronique , la PME-PMI classique est loin de pouvoir sauter facilement le pas. L'importance de centres techniques est alors primordiale. La présentation de l'équipe mécatronique du CTDEC a montré les vrais contraintes que peuvent rencontrer les entreprises de sous-traitance : intégrer une nouvelle technologie passe d'abord par le développement d'un bureau d'étude ou par le travail en réseau avec d'autres PME spécialisées. Notre rôle est d'apporter des solutions clé en main pour des problèmes cruciaux comme par exemple la traçabilité des produits ou la détection des bris d'outils . Christine Bégou du C4I -Archamps a insisté sur l'importance d'accompagner l'entreprise dans le choix de technologies pour lesquelles la compétence n'existe pas en interne. C'est un vrai travail de formation qui évite des erreurs de stratégie

Reste enfin le futur tel que l'on peut le voir depuis les laboratoires de recherche. Le CSEM (Jean Martin) comme le CEA Leti (Denis Duret) rappelaient que si aujourd'hui l'on pouvait mettre sur le marché des souris informatiques intelligentes ou des lecteurs pour puce à ADN, le cycle de développement depuis la recherche la plus amont dépassait les dix ans. Theo Lasser de l'EPFL avait ainsi sélectionné quelques exemples de ces manips de laboratoire dont un impressionnant projet d'interaction homme-machine dans lequel une poupée obéit à la voix et aux gestes du chercheur grâce à la combinaison de toutes les technologies mécatroniques. Il a aussi insisté sur la nécessaire ouverture vers d'autres disciplines comme la biologie. C'est ce même message que portait le professeur Seiji HATA (Japon) en montant les dernières innovations de robots humanoïdes qui peuvent avoir de véritables retombées dans la création de prothèses médicales intelligentes.

Une bien belle conclusion pour des participants convaincus de l'importance prise par la mécatronique et de la nécessité de travailler à minima à l'échelle européenne. La Haute-Savoie peut se positionner aujourd'hui comme tête de réseau de cette technologie. Le pôle mécatronique Thésame avec ses partenaires, les laboratoires et formations de l'Université de Savoie, la proximité géographiques des centres d'expertises de Lausanne, Lyon, Grenoble (nanotechnologie) ou Valence (capteurs), tout comme la richesse technologique du tissu industriel régional rendent crédibles cette opportunité. Une stratégie qui ne demande qu'à se déployer.



André MONTAUD

Date : 09/04/2003